« Un cheval, des chevaux. ». Pourquoi ce l qui se transforme en -ux ?
Le pluriel en français est bien plus tortueux qu’en portugais. Là où le PT-BR fait presque toujours son petit -s bien sage (flor / flores), le français, lui, se la joue compliqué avec huit terminaisons différentes. Bon, la bonne nouvelle — parce qu’il en faut une, c’est que ça suit quand même des règles. Enfin, la plupart du temps.
1. Règle générale : +-s
D’accord, 80 % des substantifs et adjectifs prennent simplement un -s au pluriel. Ouf.
- un livre → des livres, petit → petits.
⚠️ Sauf que ; et c’est là que ça devient vicieux, ce -s final ne se prononce JAMAIS. Zéro. Nada. Du coup, c’est l’article qui fait tout le boulot à l’oral : le → les, un → des. Si vous enlevez l’article, impossible de savoir si c’est singulier ou pluriel. Malin, non ?
2. Six règles particulières
a) Terminés en -s, -x, -z : invariables
Déjà au singulier ? Pas touche au pluriel.
un bras → des bras, une souris → des souris.
b) Terminés en -eau, -au, -eu : + -x
un bateau → des bateaux, un jeu → des jeux.
Exceptions, parce qu’on ne peut pas avoir la paix : pneu → pneus, landau → landaus. Allez savoir pourquoi. D’ailleurs, qui utilise encore « landau » ?
c) Terminés en -al → -aux
Et voilà notre fameux cheval qui devient chevaux.
- un cheval → des chevaux, un journal → des journaux.
- Exceptions (encore) : bals, carnavals, festivals, récitals.
Franchement, retenez ces quatre-là, vous ne vous tromperez presque jamais.
d) Terminés en -ail : + -s, mais 7 exceptions → -aux
La règle générale : on ajoute -s. Mais, et oui, il y a un « mais » — sept petits malins prennent -aux :
Travail, vitrail, corail, émail, bail, soupirail, vantail.
Bref, sept mots à apprendre par cœur. C’est vite dit.
e) Terminés en -ou : + -s, mais 7 exceptions → -oux
Rebelote : règle générale -s, sauf pour sept exceptions qui prennent -oux :
Bijou, caillou, chou, genou, hibou, joujou, pou.
Comptine classique (tous les petits Français la connaissent) : « Viens mon chou, prends tes bijoux, tes cailloux, tes genoux, tes hiboux, tes joujoux et tes poux. »
Bon, un peu répugnante avec les poux à la fin, mais efficace.
3. Pluriel des noms composés
Là, ça se corse. Dans un nom composé :
- Le substantif et l’adjectif s’accordent.
- Le verbe, l’adverbe et la préposition restent invariables. Toujours.
Exemples :
- un grand-père → des grands-pères (adj + subst : les deux s’accordent)
- un ouvre-boîte → des ouvre-boîtes (verbe + subst : seul le subst s’accorde)
- un après-midi → des après-midi (adv + subst : rien ne bouge)
N’empêche que même les Français se plantent régulièrement sur ce coup-là.
4. Pluriel des adjectifs = mêmes règles
Les adjectifs suivent exactement les mêmes règles que les substantifs :
- petit → petits, national → nationaux, beau → beaux.
Petit bonus : beau devient bel devant une voyelle (un bel homme), mais ça, c’est une autre histoire.
5. Les mots d’origine étrangère
Longtemps, on écrivait des matches à l’anglaise. Aujourd’hui, l’Académie pousse pour franciser les pluraux :
- un match → des matchs, un sandwich → des sandwichs, un scénario → des scénarios.
Règle de l’Académie 1990 : on francise tout. Ou presque.
6. Cinq erreurs fréquentes chez les lusophones
- Prononcer le -s final ; jamais ! C’est muet, point.
- Oublier la transformation -al → -aux.
- Mélanger les sept exceptions de -ou et -ail.
- Se tromper dans le pluriel des noms composés.
- Zapper la liaison : les hommes se prononce [lez ɔm], pas [le ɔm].
Et puis franchement, même les natifs hésitent parfois entre des festivals et des festivaux. Bref, vous n’êtes pas seul(e).
Ce qu’il faut retenir
- Règle générale : +-s (qui reste muet, merci).
- -eau / -eu → +-x.
- -al → -aux (sauf quatre exceptions : bals, carnavals, festivals, récitals).
- -ail / -ou → +-s, sauf sept exceptions pour chacun.
- Noms composés : on accorde substantif/adjectif, jamais verbe/adverbe/préposition.
- Le pluriel s’entend dans l’article, pas dans le substantif.
Voilà. Vous savez maintenant pourquoi un cheval ne fait pas des chevals., Enfin, vous comprenez la logique ; l’appliquer sans réfléchir, ça, c’est une autre paire de manches.
*— Lionel Philippe · alias « M. Bonjour-Merci »***

