São 18h em um apartamento de Itaim Bibi, São Paulo
O sol desce atrás dos edifícios, e — franchement, c’est assez magique. une lumière âmbre commence à monter du plafond, des étagères, du sol. De partout et de nulle part à la fois, quoi. On ne voit pas la lampe. On voit l’atmosphère. Et ça, c’est la signature de Maneco Quinderé, probablement le plus grand designer d’éclairage brésilien de sa génération.
Aujourd’hui, plongée dans le monde du design contemporain qui traverse l’Atlantique, du Brésil, avec ses maîtres de la lumière et du bois, jusqu’à la France, avec ses architectes-artisans du mobilier.
Maneco Quinderé, la lumière comme langage
Né à Rio de Janeiro, Manuel Ferreira Quinderé. surnommé « Maneco » depuis l’enfance, a consacré quarante ans à la lumière. D’abord au théâtre et dans la mode (défilés Osklen, Ronaldo Fraga), puis dans l’espace résidentiel et l’exposition. Il a raflé quatre prix Shell, trois Mambembe, trois Sharp. Sa boîte, Maneco Quinderé & Associados, opère depuis Rio et São Paulo.
Sa philosophie tient en une phrase : la lumière n’est pas un outil, c’est un langage. « Une pièce éclairée peut être froide, crue, publicitaire », dit-il souvent. « Une pièce habillée de lumière, c’est autre chose. C’est une émotion. »
Techniquement, ça veut dire : la source est invisible. Pas de spots qui aveuglent, pas d’ampoules à nu. Juste l’effet. Il travaille énormément avec du bois brésilien de récupération ; surtout le pequi — pour ses luminaires uniques, qu’il combine avec des LED chaudes (2700 K, souvent moins).
À ArtRio 2016, il a lancé toute une ligne de luminaires céramique + LED, sculptés à la main dans des ateliers du Minas Gerais. Le résultat ? Des objets qui ont une gueule de primitifs mais qui abritent la haute technologie de l’éclairage résidentiel contemporain. Une ambiguïté très brésilienne. le fait main qui cache du high-tech.
Il collabore aussi régulièrement avec de grands metteurs en scène brésiliens pour la lumière de leurs spectacles. Peu de designers au monde ont cette polyvalence, de la scène théâtrale à la table basse d’un salon à Ipanema.
Le design brésilien contemporain — trois écoles
Bon, Maneco n’est pas tout seul. Il fait partie d’une génération. celle qui a mondialisé le design brésilien à partir des années 1990. Panorama rapide.
Les frères Campana — le baroque tropical
Fernando et Humberto Campana, deux frangins de São Paulo, sont sans doute les designers brésiliens les plus connus à l’international. Leur signature ? Prendre des matériaux pauvres et les transformer en objets somptueux.
Le Fauteuil Rouge (1998), leur pièce-icône, est fait d’un enchevêtrement de cordes en coton rouge vif nouées à la main sur une structure métallique. On dirait un nid. Aujourd’hui, il trône au MoMA de New York.
Sergio Rodrigues. le père du modernisme brésilien
Sergio Rodrigues (1927-2014) est au design brésilien ce que Charlotte Perriand est au design français, grosso modo. Son fauteuil Mole (1957), avec sa structure en palissandre et son coussin en cuir souple, a défini ce qu’on appelle depuis le « mid-century tropical ».
Etel Carmona et la nouvelle génération
Etel Carmona, née à São Paulo, a fondé Etel en 1985. Elle a révolutionné le mobilier brésilien en travaillant exclusivement avec du bois certifié FSC. Sa marque représente aujourd’hui les créateurs contemporains les plus raffinés du pays — dont Maneco Quinderé, dont elle édite les luminaires.
Le design français : quatre monuments
Traversons l’Atlantique, tiens. La France a un rapport très différent au design : plus industriel, plus militant, plus conceptuel.
Charlotte Perriand. la femme qui a mis le corps au centre
Charlotte Perriand (1903-1999) a commencé à 24 ans dans l’atelier de Le Corbusier, où elle a dessiné la fameuse LC4 (« chaise longue ») avec lui, sauf que, bon, presque entièrement toute seule. Elle a révolutionné l’idée du meuble : un meuble doit se mouler au corps humain, pas le contraindre.
Jean Prouvé : l’architecte-ingénieur
Jean Prouvé (1901-1984), fils d’un artiste de l’école de Nancy, était avant tout un ferronnier. Il a inventé une manière radicalement française de faire des meubles : à partir de tôle pliée et de tubes d’acier. Sa Chaise Standard (1934), sa chaise Antony (1954), sa Potence (applique murale, 1950) se vendent aujourd’hui en vente aux enchères pour des sommes délirantes.
Ce qui fascine chez Prouvé, c’est l’honnêteté structurelle : la Chaise Standard a les pieds arrière triangulaires plus costauds que les pieds avant, parce que c’est là que le poids s’exerce. La forme dit l’usage. Sans décoration, et franchement, tant mieux.
Pierre Paulin : la douceur pop
Pierre Paulin (1927-2009) a été le designer qui a meublé les palais présidentiels français dans les années 1970. Georges Pompidou lui a commandé le mobilier de son appartement privé à l’Élysée. Ses fauteuils Tulip, Ribbon, Mushroom ont des formes courbes, étirées, presque féminines, l’exact opposé du modernisme rigide de Prouvé.
India Mahdavi. la couleur retrouvée
Née à Téhéran, formée à Paris, India Mahdavi est aujourd’hui la designer d’intérieur française la plus internationale. Elle a signé le Sketch de Londres (le fameux resto tout rose), le Ladurée de Genève, et une centaine d’hôtels dans le monde.
Le dialogue franco-brésilien. plus intense qu’on ne croit
La France et le Brésil ont un dialogue croisé de design depuis presque un siècle. Trois moments-clés.
1929, Le Corbusier à Rio. Le maître franco-suisse débarque au Brésil et rencontre Oscar Niemeyer, alors jeune architecte. Toute la génération moderniste brésilienne — Niemeyer, Lúcio Costa, Affonso Reidy — en sortira profondément marquée. Sans ce voyage, pas de Brasília en 1960.
1962 — Charlotte Perriand fait le trajet inverse. Elle est invitée à São Paulo et Rio pour donner des conférences et rencontrer les artisans locaux. Elle passe des heures à observer les techniques brésiliennes du bois massif, du rotin tressé. Elle ramène plusieurs pièces, dont sa fameuse étagère « Rio ».
Années 1990-2000 : Le Brésil s’exporte à Paris. Les Campana font leurs premières expos à la Galerie Fiam. Sergio Rodrigues expose au Musée des Arts Décoratifs. Et Etel ouvre sa boutique parisienne rue de Bourgogne, qui devient LA vitrine du meilleur design brésilien contemporain en Europe.
Ce que ces deux écoles nous apprennent
Le design brésilien parle de matière : bois, fibre, corde, céramique. C’est chaud, sensuel, physique. Il assume la marque de la main.
Le design français parle de structure : tôle, tube, concept, manifeste. C’est intellectuel, militant, épuré. Il assume l’idée.
Les deux écoles se rejoignent sur un point : elles refusent le purement décoratif. Un objet doit dire quelque chose.
Et c’est peut-être ça, la leçon de Maneco Quinderé. Chez lui, une suspension n’est pas une lampe, c’est une phrase. Elle dit : « installe-toi, c’est bien ici, la conversation peut commencer. »
Preuve que la lumière aussi parle français et portugais.
*— Lionel Philippe · alias « M. Bonjour-Merci »***

