Niveau B1 · Le 14 juillet 1789, une foule en colère attaque la Bastille, vieille forteresse royale de Paris. Mais pourquoi cette date est-elle devenue la fête nationale française ? Entre mythe et réalité, voici l’histoire d’un symbole.
La prise de la Bastille : la fabrique d’un symbole
Document déclencheur
Bia : Vincent, pourquoi les Français fêtent-ils le 14 juillet ? C’est la Révolution, non ?
Vincent : Oui et non. Officiellement, on célèbre la Fête de la Fédération de 1790, pas la prise de la Bastille de 1789. Mais dans l’imaginaire collectif, c’est bien ce jour de révolte qui compte.
Bia : Attends… donc la fête nationale ne fête pas vraiment la prise de la Bastille ?
Vincent : Exactement. C’est toute la complexité d’un symbole : il ne correspond pas toujours à ce qu’on croit.
Revenons sur cette journée du 14 juillet 1789, entre violence historique et construction d’un mythe.
Le contexte : un royaume au bord de l’explosion
Au printemps 1789, la France traverse une crise terrible. Le roi Louis XVI a convoqué les États généraux (une assemblée de représentants) pour régler la crise financière du royaume. Mais les députés du tiers état (le peuple) refusent d’obéir. Le 20 juin, ils prêtent le Serment du Jeu de paume : ils promettent de ne pas se séparer avant d’avoir écrit une Constitution.
Le roi hésite. Il recule, puis se raidit. Le 11 juillet, il renvoie Jacques Necker, son ministre des Finances très populaire. À Paris, c’est la panique. Les Parisiens pensent que le roi va dissoudre l’Assemblée par la force. Des troupes royales campent autour de la capitale.
Le 14 juillet au matin, la tension est à son maximum.
La journée du 14 juillet : minute par minute
Le matin : la course aux armes
Dès l’aube, des milliers de Parisiens cherchent des armes. Ils se rendent aux Invalides, un hôtel militaire. En quelques heures, ils s’emparent de 32 000 fusils et de quelques canons. Mais il manque la poudre.
On sait qu’il y en a à la Bastille, cette vieille forteresse médiévale qui sert de prison d’État. Elle est défendue par une centaine d’hommes, dirigés par le gouverneur Bernard-René de Launay.
L’après-midi : l’assaut de la Bastille
Vers 13 h 30, une foule armée arrive devant la Bastille. Les négociations commencent. De Launay hésite : doit-il ouvrir les portes ? Doit-il tirer ?
Vers 15 h, la foule coupe les chaînes du premier pont-levis. La garnison tire. Il y a des morts. La bataille commence.
Vers 17 h, des soldats français désertent et rejoignent les insurgés avec des canons. De Launay comprend qu’il ne peut plus résister. Il capitule.
Erreur fatale : la foule envahit la forteresse. De Launay est capturé, frappé, traîné dans les rues. Il est tué à coups de couteau et de sabre. Un cuisinier lui coupe la tête, qu’on plante au bout d’une pique. Le cortège macabre (= funèbre, horrifique) traverse Paris.
Les sept prisonniers : une déception
On espérait libérer des centaines de victimes de l’arbitraire royal. On trouve… sept prisonniers :
- Quatre faussaires (ils fabriquaient de faux documents)
- Deux fous enfermés à la demande de leur famille
- Un noble débauché (il avait un comportement scandaleux)
Pas de héros. Pas de martyrs. Juste des gens ordinaires, voire embarrassants.
La fabrication du mythe
Louis XVI écrit « rien » dans son journal
Le soir du 14 juillet, le roi Louis XVI tient son journal intime. À la date du 14 juillet 1789, il écrit un seul mot : « Rien ».
Pourquoi ? Parce qu’il parle de chasse. Ce jour-là, il n’a pas chassé. Pour lui, à Versailles, rien d’important ne s’est passé.
Ce détail est devenu légendaire : il symbolise la cécité du pouvoir. Le roi ne comprend pas que son monde s’écroule.
Chateaubriand voit passer la tête
L’écrivain François-René de Chateaubriand, alors âgé de 21 ans, se promène rue Saint-Honoré. Il croise la foule qui porte la tête de De Launay au bout d’une pique.
Des années plus tard, dans ses Mémoires d’outre-tombe, il raconte cette scène. Il décrit l’horreur, la joie sauvage, le basculement dans la violence. Son témoignage a figé cet instant dans la littérature française.
Pourquoi le 14 juillet est-il la fête nationale ?
1790 : la Fête de la Fédération
Le 14 juillet 1790, exactement un an après la prise de la Bastille, une immense cérémonie est organisée au Champ-de-Mars à Paris. On l’appelle la Fête de la Fédération.
Des délégués de toute la France jurent fidélité à la Constitution. Le roi Louis XVI lui-même prête serment. C’est un moment d’unité nationale, de réconciliation. La Révolution semble pacifiée.
1880 : l’officialisation
En 1880, la Troisième République cherche une fête nationale pour unir les Français. Certains députés veulent célébrer le 14 juillet 1789 (la prise de la Bastille). D’autres trouvent ça trop violent.
Le compromis : on célèbre « le 14 juillet », sans préciser l’année. Officiellement, c’est la Fête de la Fédération de 1790 (symbole de paix). Officieusement, tout le monde pense à la prise de la Bastille de 1789 (symbole de révolte).
Un symbole élastique
Chaque époque a lu le 14 juillet différemment :
- Les républicains y voient le triomphe du peuple contre la tyrannie.
- Les conservateurs y voient une explosion de violence incontrôlée.
- Les Français d’aujourd’hui y voient surtout… un jour férié, un défilé militaire et des feux d’artifice.
C’est la force d’un symbole : il est suffisamment vague pour que chacun y projette ses propres valeurs.
Chronologie du 14 juillet 1789
| Heure | Événement |
|---|---|
| Matin | Foule aux Invalides : prise de 32 000 fusils |
| 13 h 30 | Début du siège de la Bastille |
| 15 h | Premier pont-levis forcé, premiers coups de feu |
| 17 h | Capitulation du gouverneur de Launay |
| 17 h 30 | De Launay est tué, sa tête portée en trophée |
| Soir | Libération des 7 prisonniers (4 faussaires, 2 fous, 1 noble) |
| Nuit | Louis XVI écrit « rien » dans son journal |
Mini-lexique B1
| Français | Português (BR) |
|---|---|
| une forteresse | uma fortaleza |
| une garnison | uma guarnição |
| capituler | capitular, render-se |
| un faussaire | um falsificador |
| un martyr | um mártir |
| le serment | o juramento |
| un pont-levis | uma ponte levadiça |
| un jour férié | um feriado |
— Lionel Philippe · alias « Monsieur Merci Bonjour »

