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CultureNiveau B1~9 min de lecture

Deux voisines à Paris — Bia et Camila : la Sécu, le tabac à 12 €, la goiabada absente et autres chocs de nos premières années (A2-B1)

« Chronique conjointe · Marais · samedi matin »

Bia et sa colocataire Camila, infirmière à Saint-Louis, s’assoient devant deux cafés au lait et des pão de queijo brûlants pour raconter les chocs administratifs, culinaires et culturels de leurs premières années à Paris. Un dialogue chaleureux, bilingue, plein de dérision — et un vrai vade-mecum pour les Brésiliens qui débarquent.

9 min de lecture · L'essentiel en 30 secondes

  • Bia et Camila, deux Brésiliennes au Marais depuis 12-15 ans, partagent leurs premiers chocs à Paris en dialogue vivant et tendre.
  • La Sécurité sociale française : cotisation obligatoire, remboursement de 70 % après avance d'argent, nécessite mutuelle pour les 30 % restants.
  • Cigarettes : 5 € en 2003, 12,50 € en 2026 ; 80 % du prix c'est l'impôt, politique de santé publique intentionnelle du gouvernement français.
  • Goiabada absente des supermarchés classiques français ; trouver produits brésiliens chez Comptoir Brésilien (9ᵉ) ou épiceries portugaises du 19ᵉ.
Signé·6 juillet 2026·~9 min de lecture

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Deux voisines à Paris — Bia et Camila : la Sécu, le tabac à 12 €, la goiabada absente et autres chocs de nos premières années (A2-B1)
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Niveau CECRL : A2 → B1 · Une chronique conjointe. Bia et
Camila, deux Brésiliennes qui partagent le même appartement
du Marais depuis des années, s’assoient un samedi matin devant un
café au lait et se remémorent leurs premiers chocs à Paris. Un
dialogue vif, bilingue, plein de tendresse et de dérision.
« Prenez un café avec nous, on va vous raconter tout ce que
personne ne dit aux Brésiliens qui débarquent. »

Le décor

Un samedi matin d’octobre. Dans la petite cuisine d’un troisième
étage du Marais, deux mugs fument sur une table en bois. Un plat
de pão de queijo encore chauds, sortis du four il y a cinq
minutes.

  • Bia, 38 ans, coiffeuse, salon rue Saint-Maur (11ᵉ). À Paris
depuis quinze ans.
  • Camila, 36 ans, infirmière à l’hôpital Saint-Louis (10ᵉ).
À Paris depuis douze ans. Native de São Paulo.

Elles se connaissent depuis leur premier jour en France — elles se
sont rencontrées à la préfecture, dans la file d’attente pour le
récépissé du titre de séjour. Le reste, c’est de l’histoire.

Chapitre 1 : La Sécu, cette bête étrange

BIA (bouche pleine de pão de queijo), Camila, tu te souviens
de la première fois qu’on est allées à la Sécu ?

CAMILA — Comment oublier ? On y a passé quatre heures,
munies de dossiers de dix centimètres d’épaisseur, et à la fin
on est ressorties sans avoir compris ce qu’on avait signé.

BIA : J’ai cru que la dame me détestait personnellement.

CAMILA, Elle ne te détestait pas, Bia. Elle détestait tout
le monde également.
C’est ça, la Sécu.

BIA. Explique aux lecteurs, toi, tu bosses à l’hôpital.

CAMILA ; La Sécurité sociale — la « Sécu » — c’est le
système public de santé français. Tout le monde y cotise (on
paye un pourcentage de son salaire) et tout le monde en
bénéficie
 : consultations, médicaments, hôpital, examens…
presque tout est remboursé.

BIA, Mais pas immédiatement !

CAMILA — Exact. Tu avances l’argent, puis la Sécu te
rembourse ensuite (souvent 70 %), et une mutuelle
prend éventuellement le reste (les 30 %).

BIA. Une quoi ?

CAMILA : Une mutuelle, c’est une assurance santé
complémentaire
, privée. Beaucoup d’employeurs en fournissent une.

BIA, Au Brésil, on connaît le SUS (Sistema Único de
Saúde) — gratuit, universel, direct. Ici, c’est presque
gratuit, mais indirect
. Il faut avancer, remplir, envoyer,
attendre le remboursement. C’est très bureaucratique.

CAMILA. Petit conseil aux Brésiliens qui viennent d’arriver :
télécharge l’application Ameli (celle de la Sécu) dès le
premier jour. Ça te fait gagner des heures.

Chapitre 2, Le tabac à 12 €

BIA (qui n’a jamais fumé). Camila, tu fumes plus ?

CAMILA, J’ai arrêté quand j’ai vu le prix du paquet passer
de 5 € à 12 €. Merci l’État français.

BIA. En 2003, le paquet de Marlboro était à 5 euros. En
2026, il est à 12,50 €.

CAMILA, Multiplié par deux et demi en vingt ans. Une
politique claire de santé publique par le portefeuille.

BIA — Au Brésil, un paquet coûte environ 10 réais, soit
1,60 €. Le choc est brutal quand tu arrives.

CAMILA. Et il faut savoir que presque toute la hausse
c’est de la taxe
, 80 % du prix du paquet en France, c’est
l’impôt.

BIA, Le café brésilien, en revanche, est moins cher qu’à
Paris
dans les supermarchés. j’ai un truc de dingo là-dessus,
je pleure à chaque fois que je vois le paquet à 5 € au Franprix.

CAMILA, Chaque pays a son luxe et son bon marché. À
Paris, ce sont le vin, le fromage, le pain, la boulangerie du
coin
. À São Paulo, ce sont la viande, l’essence, le café,
l’açaï
.

Chapitre 3, L’absence de goiabada dans les supermarchés

BIA. Le choc le plus dur pour moi, ç’a été l’absence
de goiabada
.

CAMILA, La goiabada ! Cette pâte de goyave rouge sombre,
sucrée, incontournable dans un dessert « Romeu e Julieta »
avec du fromage frais…

BIA — Je te jure, la première fois que je suis allée au
Monoprix et que je n’ai pas trouvé, j’ai failli repartir au
Brésil
dans la journée.

CAMILA, Aujourd’hui, tu peux en trouver, chez Le Comptoir
Brésilien
(dans le 9ᵉ), chez Coisas do Brasil en ligne, ou
dans certaines épiceries portugaises du 19ᵉ. Mais dans les
supermarchés français classiques : absente.

BIA, Autres absences douloureuses au Franprix :

  • le pão de queijo (sauf congelé, dans quelques enseignes)
  • la farofa
  • le guaraná (sauf en boutiques latino)
  • le fromage minas frescal (remplacer par la « ricotta »

fraîche italienne : meilleur compromis)

  • le coração de galinha (pas dans les supermarchés : chez le

volailler, parfois)

CAMILA — Le supermarché français est très européen. Il
faut apprendre à remplacer, ou à importer (demande à ta
mère de te ramener une valise pleine à chaque voyage)
.

Chapitre 4, L’école française, ce ballet chorégraphié

BIA — Tu me racontais, l’autre jour, l’école de ton neveu.
Explique.

CAMILA. Mon neveu a 8 ans, il vit à Paris avec ma
sœur. L’école primaire française est très différente du
Brésil.

BIA : Comment ?

CAMILA. Trois choses qui choquent tous les parents
brésiliens
 :

  1. La cantine. Les enfants mangent à midi à l’école, tous
ensemble, un menu très structuré, entrée, plat, fromage, dessert. On y sert du vin ? Non, mais on y sert du poisson pané, des épinards, des choses que ton enfant n’a jamais vues au Brésil.
  1. Les vacances. L’année scolaire française a cinq zones de
vacances par an : Toussaint (2 sem.), Noël (2 sem.), hiver (2 sem.), Pâques (2 sem.), été (2 mois). Au total : 16 semaines de vacances. C’est considérable.
  1. Le port des cadeaux. À la fin de l’année, on offre un petit
cadeau à la maîtresse ou au maître — souvent collectif (un cadeau commun financé par toute la classe). Cette tradition n’existe pas au Brésil.

BIA. Et le calendrier scolaire commence en septembre, pas
en février. Ça décale tout.

CAMILA : Astuce pratique : garde l’app Pronote. C’est le
carnet numérique
utilisé par la plupart des écoles publiques et
privées : notes, devoirs, absences, mots aux parents.

Chapitre 5, Trois autres micro-chocs

BIA (énumère sur ses doigts) :

  • Payer au restaurant : en France, on partage rarement
l’addition à l’italienne. Chacun paye sa part exacte : c’est le calcul intégral à la fin. Au Brésil, on divise en parts égales, même si l’un a mangé plus que l’autre.
  • La bise : deux bises, sur les joues, entre inconnus.
Choc culturel pour les Brésiliens habitués à l’abraço.
  • Le tutoiement / vouvoiement : on vouvoie son médecin,
son professeur, son banquier : même s’ils sont plus jeunes que toi. Au Brésil, on utilise você avec presque tout le monde.

CAMILA — Et le pire de tout : le mois de novembre. Il pleut
sans arrêt, il fait nuit à 17 h, et tu comprends pourquoi les
Français sont grognons
. Tu commences à l’être aussi.

Chapitre 6 — Ce qu’on n’échangerait pour rien au monde

BIA, Et pourtant, on reste.

CAMILA : Bien sûr qu’on reste. Parce que Paris nous a appris
autre chose
 : la lenteur, le vin à midi, les musées gratuits le
premier dimanche du mois, le boulanger qui te dit bonjour, le
métro Chemin Vert à 23 h qui sent l’automne, les manifestations
qui finissent en fanfare.

BIA : Et surtout : une autre langue qu’on a fait sienne.

CAMILA. Le français, c’est notre deuxième peau maintenant.
Une peau qui nous serre parfois : mais qui tient chaud
souvent.

BIA (elle rit) ; Bon, tu me passes un pão de queijo ?

CAMILA — Prends. Y en a encore huit.

📚 Mini-lexique de la chronique

Français🇧🇷 Português (BR)
la Sécurité sociale (la Sécu)a Previdência social pública / SUS francês
cotisercontribuir
un remboursementum reembolso
une mutuelleuma assurance saúde complementar
une infirmière / un infirmieruma enfermeira / um enfermeiro
une file d’attenteuma fila
un récépisséum comprovante provisório
un titre de séjouruma autorização de residência
un supermarchéum supermercado
une épicerieum mercadinho
la cantinea cantina / o refeitório escolar
des vacances scolairesférias escolares
grognon(ne)rabugento(a)
l’additiona conta
tutoyer / vouvoyertratar por tu / por você formal
ça fait gagner du tempsganha tempo

Compréhension

1. Qui est Camila ? Où travaille-t-elle ? Depuis combien
de temps est-elle à Paris ? → ______

2. Explique la différence entre le SUS brésilien et la
Sécu française. → ______

3. Pourquoi le paquet de cigarettes coûte-t-il 12,50 € en
France en 2026, selon Camila ? → ______

4. Cite trois produits brésiliens qu’on ne trouve pas
facilement
dans un supermarché français. → ______

5. Nomme trois différences entre l’école primaire française
et l’école brésilienne, selon Camila. → ______

6. Explique la différence culturelle dans le partage de
l’addition au restaurant, entre la France et le Brésil. → ______

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Corrigés

  1. Camila est infirmière à l’hôpital Saint-Louis (10ᵉ
arrondissement de Paris). Elle est à Paris depuis 12 ans, native de São Paulo.
  1. SUS : système public universel, direct, gratuit
au point de service. Sécu : système public de cotisation, remboursement après paiement, complété parfois par une mutuelle privée.
  1. Parce que 80 % du prix du paquet est composé de taxes,
volontairement élevées par l’État français dans une politique de santé publique (dissuader de fumer par le prix).
  1. Exemples : goiabada, pão de queijo, farofa, guaraná, fromage
minas frescal, coração de galinha.
  1. Trois différences : la cantine structurée (entrée / plat /
fromage / dessert) ; cinq zones de vacances = 16 semaines par an ; le cadeau collectif à la maîtresse en fin d’année ; l’année scolaire qui commence en septembre.
  1. En France, chacun paye sa part exacte (calcul
individuel). Au Brésil, on divise en parts égales, même si l’un a mangé plus que l’autre, c’est culturel et considéré comme plus fraternel.
— Bia & Camila · deux voisines à Paris

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